3 semaines avant le départ, le programme que l’on m’a préparé est simple :
- une semaine pour rencontrer les gens travaillant au siège de PN (l’ONG)
- une semaine pour échanger avec mes alter-ego du VietNam et des Philippines ainsi que mes prédécesseurs
- une semaine pour une formation au départ
Une semaine surréaliste au siège de l’ONG vient de s’écouler. Je m’imaginais trouver des gens ultra motivés, dédiés à la cause, etc… En réalité c’est encore mieux.
Les locaux sont spartiates : un 3 pièces comprenant un open space (environ 70 m²) où tout le monde travaille (pas de bureau nominatif), une salle de réunion/cuisine de 20m² et une salle de réunion/stock de 15m², le tout au rez de chaussée d’un immeuble dans Paris. Le local est prêté gratuitement par un mécène depuis 4 ans. 10 personnes travaillent là, salariés ou bénévoles, parmi eux il y a tout de même deux polytechniciens dont l’un a dirigé une entreprise de plus de 2000 personnes (j’ai fait mon enquête). Le président de PN travaille donc en toute humilité en open-space parmi nous alors qu’il dirige une centaine de personnes dans 3 pays, ça fait réfléchir.
J’attaque par une réunion équipe. Nous sommes dix autour de la table dans une pièce de 20 m². Les décisions / faits marquant de la semaine sont énumérés et chacun est discuté ou commenté. Je vais donner un exemple qui m’a marqué : une vente aux enchères organisée dans les semaines à venir. Cela soulève des questions légales sur les reçus fiscaux (faut-il en donner ou pas dans le cadre d’un achat aux enchères ? de quel montant ?). Le président explique ce que lui a dit l’avocat, la responsable communication explique comment fait une autre assoc par simplification (pas vraiment légal mais pas non plus bien grave), il n’en faut pas plus pour qu’un débat débute, tout le monde donne son avis dans la discussion pour en final en arriver à la conclusion qu’il faut rester irréprochable et tant pis si cela complique les choses ou diminue les dons. Dans la conversation quelqu’un cite la Charte de l’association. Le fond en soit n’a pas vraiment d’importance mais la forme m’a marqué, je viens d’assister à une réunion d’équipe avec des débats constructifs et des prises de décision communes. En en plus la charte symbolisant la stratégie de l’organisation est connue des salariés et sert vraiment de référence dans la pratique. Je n’avais jamais vu ça !
La pause de midi est également mémorable. Deux personnes vont faire les courses pour la communauté, tout le monde mange ensuite dans la salle de réunion. Il y a un relais pour la vaisselle. Nous n’avons qu’un tout petit évier dans les WC alors on remplit des bassines d’eau chaude et on fait la vaisselle accroupie dehors ! Les frais de logement, c’est pareil, au lieu d’être tout seul à l’hôtel je vais dormir chez un des managers : il a un 65m² avec sa femme et quelques squatteurs cambodgiens, et en plus sa femme fait très bien la cuisine (dès le premier soir j’ai eu droit à du poisson séché, du poisson fermenté et du saucisson cambodgien au bœuf).
Ces gens sont « dédiés », au-delà de ce que je croyais possible. Et ce qui est encore plus impressionnant c’est qu’ils le sont alors que certains ont un réseau et un niveau d’études et de compétences qui leur permettraient de vivre très différemment. Ils croient vraiment à ce qu’ils font et ils y vont à fond, sans retenu, avec passion. Vous l’aurez compris cette première semaine m’a rendu très admiratif et m’a démontré la force de leur engagement.